(De Valentin)
YELLOW
(Le premier Chien)
À la sieste, je rêve. De ce rêve, surgissent mes passés de chiens.
Le père Gourlot ne fait ni une ni deux, il m’extirpe de dessous les jupons poilus de ma chienne de mère et m’emmène avec lui un beau matin. “C’te Chien jaune, il est pour vous!” qu’il dit au chef de famille qui ne jette pas un regard sur moi! Même que l’aînée des demoiselles, qui commence l’Anglais au Lycée, sur le champ, me baptise : “Yellow” !
J’avais jamais vu de petits d’hommes avant ce jour. Je suis le premier chien dans la vie de l’enfant. Nous sommes reliés. On rit ensemble. Hel et moi, on s’aime en bloc pour l’éternité. J’habite déjà son coeur et son corps. On se taquine, on prend nos aises, on frétille sans penser à rien. Un coup de langue par ci, un coup de langue par là ! Je pose ma patte sur un genoux, sur une guibolle maigrichonne, comme un bâton. On me laisse entrer sous la tente au fond du verger avec cousins et cousines. Ils y enferment les papillons et se regardent le zizi pour voir si c’est pareil ! Hel, un jour, essaie de pisser debout comme le cousin germain. Tu parles d’une histoire ! Moi, je me contente de m’accroupir délicatement sur mes pattes arrière, jusqu’à ce que l’herbe me chatouille. (Pas eu le temps de vivre assez pour savoir si je suis fille ou garçon !) La nuit, je n’ai pas le droit de rester dans la maison du haut. (Le « Val aux Moines » qu’on l’appelle ! On se demande bien pourquoi ? Car elle ressemble à un monastère comme moi à un hippopotame !)
Je retourne sous la soupente du père Gourlot où il y a un gosse de l’assistance publique qui a peur de moi. Je n’entends jamais le son de sa voix. Cela m’inquiète. Jour et nuit il porte un béret noir et un tablier noir trop court. Son visage est couleur pêche. Il a de tout petit yeux en bouton de bottines. Dès que je vois ses chaussettes grises, je me cache derrière le tas de bois. Et surtout, dès l’aube, je guette les mouvements du haut du village. J’attends, impatient, qu’Hel se réveille. J’attends sa silhouette et son odeur de savon. J’attends sa caresse maladroite. Je n’aime rien autant que ses murmures à mon oreille et ses mots qu’elle invente, ça ressemble à ce que je lui dis quand on m’enferme dans les chiottes pour s’amuser. Sauf que moi je donne dans la « jappe » aiguë pour qu’on
m’entende mieux. Tout cela, bien sûr, ne finira jamais, ça baigne ! Je suis de la famille. À part la nuit.
Un matin d’automne, je suis devant l’escalier, près de la voiture, avec ma queue en trompette, flamboyante ! Ni le père ni la mère ne me regardent, ne me parlent, ne me chassent. Je me dis qu’ils vont faire des courses à Avallon. Mais qu’est-ce qu’ils prennent comme cabas ! Y’en a partout! Hel a les joues pâles, tombantes, les yeux gonflés. Impossible de saisir son regard. Sa frangine et elle ont une drôle d’allure. Jamais vu comme ça ! Jupes et socquettes ! C’est moche ! Les volets ne chantent pas le même air qu’à la nuit tombante. Bizarre. On ne m’a toujours rien dit. Et la voiture démarre. Ils m’ont oublié ! Chien jaune ou pas je suis la Peugeot, obstinément, gaillardement, sûr que je vais être du voyage car c’est impossible autrement ! Ils vont sûrement freiner des quatre roues ! Ouvrir la portière, me dire de monter ! Je cours pendant des kilomètres et des kilomètres sur la nationale... Je ne sais pas quoi faire de ma langue qui pend d’un côté puis de l’autre. Passé Sermizelle, je commence à m’emmêler les pinceaux ! L’enfant se profile sur la vitre arrière. Mes pattes sont en feu. Je vais craquer. J’évite une voiture. Une autre fait une embardée et klaxonne. Je perds de la vitesse !
Mais où est la bagnole non d’un chien !
Valentin
Hel reprend le récit : « Il ne faut plus compter sur moi »
C’est la fin du monde, la déchirure, la séparation, la souffrance, insupportable, irréparable, inexplicable pour mon coeur et mes yeux d’enfant. Cela existe donc ? On peut ainsi se jouer d’un être vivant ? La bouche béante, la tête bringuebalant d’avant en arrière, je cherche mon souffle. C’est une farce ? Une blague ? On va s’arrêter ! Le faire grimper ! Le reconduire au village ou l’emmener à Paris ?
Alors c’est la phrase, et son couperet froid, indifférent, banal à pleurer : “Ne vous en faites pas, il va finir par se lasser ! ” Ces mots, le ton avec lesquels ils sont dits me frappent en plein coeur ! On décide pour le chien. On décide pour moi. On me tue.
Se lasser ? Non, mais vous rigolez !
Pendant que la boule jaune s’efface et recule au loin, mon corps se paralyse. Livré à la souffrance, au néant, il est cloué au dossier. Je touche le fond. Et rien, absolument rien ne me fait remonter à la surface. Je m’éteins. Cette image ne s’effacera jamais plus. Elle s’intensifie, s’agrandit, se précise au contraire sur la partie la plus sensible de ma rétine : La tache jaune. Le chien court toujours derrière la voiture. Je le vois, de la lunette arrière et d’où je suis à l’instant même. Mon corps, mon coeur, mes
yeux vivent un martyre. Il n’aura pas de fin. L’oubli ne viendra pas. Tant que je suis vivante, je meurs doucement avec cette image. Tant que je suis vivante, je cours derrière la voiture. C’est moi qui cours derrière la voiture. La voiture poursuit sa route.
Je ne cesse d’être cet enfant. Je ne cesse d’être ce chien. L’enfant mourra avec cette image dans les yeux.
Pas de deuil possible.
Tout compte fait, je n’aime pas ce mot. Je change une lettre et c’est le mot seuil qui vient audevant de moi. Il ouvre ma liberté. Il ouvre sur une petite route du Morvan où l’amour demeure et se perpétue. La blessure est peut-être le seul refuge possible.
Maintenant que je suis au seuil du dénouement, je sais mieux pourquoi ces toisons en balade ont traversé ma vie et pourquoi je leur ai ouvert ma porte. Pourquoi je les ai invités, je les invite à vivre près de moi, avec moi.
Plus jamais il n’y eut de chien d’un été. Un jouet à jeter.
Hel
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Billet de Valentin - 26 Novembre 2008, au Sud
Hel est mon présent, ma providence. Elle assure la pitance. "C'est tout à fait épatant"! Sans compter tous les bonus.
Elle m'a choisi. Suis un animal de compagnie veinard, peinard. Je tiens compagnie et fausse compagnie, c'est
selon.
Avec Hel, on est libre. Au pays des chiens, c'est comme ça. Hel est autant du pays des chiens que du pays des
poètes.
Tous, un jour ou l'autre, peuvent jouer la fille de l'air, elle assume. (Euh... enfin...)
Si Hel m'a baptisé Valentin, c'est pas pour des prunes ! Hel est tombée sur moi un 12 Février, à
Céreste, j'avais 2 mois, les quatre fers
en l'air, dans les bras d'un berger saoul comme un Polonais qui voulait se débarrasser d'un chiot.
Alors à 2 jours de la Saint Valentin, c'est venu tout seul. (On devrait un peu plus faire attention à ce qui vient tout seul !)
Je suis né du Jus d'Amour, comme tout le monde. Croisé d'une Griffonne et d'un Fox. Les bâtards ont souvent un joli poil.
C'est le cas. Le jour où les oiseaux se marient, tout baigne ! Vous avez remarqué ?
J'peux vous assurer que
Martin n'a jamais dit en parlant de moi : "il ne lui manque que la parole !"
J'arrête pas de lui causer, à ma façon, dans un langage qu'elle décrypte comme un chef. Non, comme un chien !
Un canal secret. Faut être un peu chien pour que ça circule.
Hel, elle me parle à petits coups de caresses et de chansons. Comme de "particulier à particulier, ça marche !"
La "roulotte" Ziggourat est posée dans une des "7 parcelles du Luberon", j'y flaire mes racines et pose mon territoire.
À mes heures, je suis Gardien de guitare, de twingo ou Descente de couette, ou encore Coureur de jupons à poils.
J'ai laissé Baya, labra d'Or, ma préférée, là-bas, au pays de Bécassine...
(Elle a une façon de poser au sol ses pattes arrière, en aristo, comme une grenouille... C'est du nanan...)
Baya va venir bientôt "pour m'aider à ranger mes plaids", (tu parles !)
Je crains le pire car elle bouffe tous les lainages écossais et autres ...
N'empêche, j'ai hâte "de lui faire visiter la nature" côté Contadour, vers chez Giono.
Ou bien côté Lacoste vers chez Sade, le Marquis et son boudoir lubrique plutôt délabré (comme sa philosophie d'ailleurs).
Moi, qui suis apatride, son "Français, encore un effort !" que Hel apprécie pourtant, me sort par la truffe, (ça n'engage que moi). Si je fais un effort, ce sera pour Baya, Nina, Djouna ou Chloée, mes copines des collines.
Ou encore pour Martin et ses Préférences.
(Dire que la façade restante du château du Marquis a caché tout un tas de culs frivoles et frelatés en mal de bites en rut, ça me laisse perplexe. )
D'après Hel, René Char aurait dit de courtes, fortes et définitives évidences sur le Marquis, mais c'est pas une raison pourl'empailler
façon Cardin ! VAL EN THYM
BILLET DE VALENTIN (Juin 2008)
Ma Maîtresse et moi, on n'a jamais trop cultivé les radis, au contraire. C'est comme ça et ça nous ferait plutôt rigoler et philosopher de retourner nos poches percée. On se sent libres et délestés. Car le temps de "Jean qui pleure" a laissé place à "Jean qui rit". On fait tout POUR ! Et en avant la Musique ! Bach et Solal nous y engagent de leur bignou. Tout le monde aime bien rigoler. Et la Providence veille au grain.
Ma Maîtresse, elle me dit vouloir courir et sauter comme elle me voit faire avec mes copines Baya et Nina, courir comme des dératés, sans ratées... Mais - faut dire - Martin est parfois un peu essoufflée, vu ses années, mais le moteur tourne rond. Bref ! Hel m'assure (ça me rassure) que ça carbure dans son giron et ses amours. Je la crois. Hel - jusqu'à ce jour - ne m'a jamais fait faux bond ! (Hel ne s'est jamais fait faux bond non plus !) De même, fidèle au poste, son Ange personnel qui nous protège de son aile. Tous les deux, on la regarde, satisfaits, quand Hel accorde, au quotidien, ses 2 guitares, comme un seul homme, mine de rien ! MI, LA, RE, SOL, SI, MI
Et la rengaine n'est pas loin. Et c'est parti mon Kiki Pour un tour Sur du velours...
Valentin
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